B.D.S. Les trois lettres de la résistance pacifique palestinienne

6 août 2010 | Lorraine Guay, Juillet 2010

Dans un récent reportage à TV5, un habitant d’une colonie de peuplement juif, installée illégalement en plein cœur du territoire palestinien, traitait de « terroristes » de jeunes palestiniens faisant du porte-à-porte auprès de leurs concitoyens pour leur demander de boycotter les produits fabriqués dans cette colonie en guise de résistance pacifique à l’occupation/colonisation dont ils sont victimes depuis plus de cinq décennies.

Ces jeunes marquaient à leur manière le 5e anniversaire de l’appel lancé en juillet 2005 par plus de 170 organisations de la société civile palestinienne invitant les sociétés civiles du monde entier à initier des campagnes de Boycott, Désinvestissement et Sanction contre les politiques israéliennes, comme celles appliquées à l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid. Des personnalités aussi peu « terroristes » que Mgr Tutu et l’ex-président Carter n’hésitent pas d’ailleurs à qualifier la situation globale qui prévaut en Palestine de véritable apartheid.

Cet appel et les trois lettres qui le caractérisent –BDS- sont devenus un nouveau symbole de la résistance pacifique des Palestiniens. Il a été lancé en réponse à la détérioration constante de leur situation peu importe les moyens de résistance utilisés ou les innombrables « processus de paix » proposés. Selon Omar Barghouti un des initiateurs et des penseurs de cette campagne La terrible réalité de la situation, sur le terrain en Palestine occupée, fait du boycott total d’Israël et des institutions complices non seulement une obligation morale, mais aussi une nécessité politique urgente pour empêcher le génocide et une explosion incontrôlable de l’ensemble du système géopolitique moyen orientale.

Car cet appel vise à ce qu’Israël se conforme au droit international et entre autres aux dispositions de la Convention internationale sur la suppression et la punition du crime d’apartheid (1973). La campagne BDS a comme objectifs spécifiques : la fin de l’occupation/colonisation (résolution 242 des Nations Unies); l’exercice du droit de retour pour les réfugiés (résolution 194); l’égalité des droits pour les citoyen-ne-s palestinien-ne-s d’Israël (pactes internationaux relatifs aux droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels)

Certes les accusations de terrorisme ou d’antisémitisme servent à toutes les sauces quand vient le temps de délégitimer la résistance aux politiques israéliennes et elles ne cessent d’étonner quand elles sortent de la bouche de ceux qui violent eux-mêmes impunément le droit international. On sait en effet que l’article 49 de la IVe Convention de Genève interdit à une puissance occupante de procéder à la déportation ou au transfert d’une partie de sa propre population dans les territoires occupés par elle.

Cette disposition n’a jamais empêché Israël de poursuivre systématiquement la colonisation des territoires palestiniens. L’ex-premier ministre Ariel Sharon affirmait déjà en 1973 à propos des Palestiniens « Nous ferons d’eux un sandwich au pastrami. Nous insérons une couche de colonies juives parmi eux, puis une autre couche de colonies, et encore une autre, si bien que dans vingt-cinq ans, ni les États-Unis, ni les Nations Unies ne seront capables de séparer les uns de autres. »

Près de 40 ans plus tard, les colonies ont poussé comme des champignons, reliées entre elles et à Israël par un système d’autoroutes strictement interdites aux Palestiniens, hachurant le territoire palestinien et le transformant en véritables bantoustans.

Et tout cela se fait au nez et à la barbe de l’ONU et de la communauté internationale – des pays occidentaux en particulier- qui se contentent de lever le sourcil droit ou le ton de la voix de temps en temps pour aussitôt refermer les yeux et la bouche dans une cécité et un silence complices. Cette posture politique, appuyée par une impunité aussi totale, est celle de tous les dirigeants israéliens depuis la fondation de l’État d’Israël. C’est ce qui a permis à Israël de ne jamais respecter la résolution 194 des Nations Unies en décembre 1948 exigeant du nouvel État qu’il respecte le droit des réfugiés palestiniens de retourner dans leurs maisons et sur leurs terres dont ils avaient été violemment et illégalement chassés lors de la création de l’État israélien, des événements que plusieurs historiens israéliens ont qualifiés de « nettoyage ethnique ».

C’est aussi ce qui permet à Israël de maintenir et de durcir chaque jour davantage l’occupation et qui réprime férocement tous ceux qui osent s’y opposer y compris les manifestants pacifiques de nombreux villages comme celui de Bill’in. C’est ce qui permet à Israël de garder toute la population de Gaza sous blocus, enfermée dans une prison à ciel ouvert et de faire fi du rapport Goldstone qui parle de « crimes contre l’humanité » commis par l’armée israélienne ou encore de repousser du revers de la main les demandes d’enquête indépendante sur les récents événements de la flotille de libération de Gaza ayant causé la mort de neuf citoyens turcs. C’est ce qui explique aussi pourquoi Israël n’a jamais non plus respecté la décision de la Cour internationale de justice de juillet 2004 lui ordonnant de défaire le Mur de séparation construit sur plus de 90% de son parcours en territoires palestiniens. C’est enfin ce qui permet à Israël de nier l’égalité des droits aux 20% de citoyens non-juifs de sa population, pour la plupart des palestiniens d’origine.

La campagne BDS entend renverser la vapeur en proposant une action citoyenne pacifique et rassembleuse. Elle est déjà appuyée en Israël même et par de nombreuses organisations juives dans divers pays dont les Voix juives indépendantes au Canada. Le Syndicat des travailleurs et travailleuses des Postes de même que CUPE- Ontario se sont investis dans la campagne.

Au Québec, la CSQ, la FNEEQ, le Conseil central du Montréal métropolitain-CSN, la FFQ, la Ligue des Droits et Libertés, la revue Relations, l’ASSE et Québec Solidaire se sont officiellement prononcés en faveur de la campagne. Plusieurs organisations syndicales et communautaires sont en processus de prise de position. Un comité d’universitaires pour le boycott académique est en place (CUWU).

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